Un nouveau petit billet d’humeur, sur ma ptite vie de grosse !

Avant de rentrer dans le vif du sujet, petit avertissement : je ne veux pas voir un commentaire disant « mais non tu n’es pas grosse, tu es belle, tu es ceci tu es cela ». Rappel : grosse n’est pas une insulte, c’est un adjectif qualificatif, au même titre que brune, petite ou gentille. Et en fait je crois que c’est le premier point de ma vie de grosse.

T’es pas grosse t’es belle

A mon grand désarroi, pour la majorité des gens, grosse est un synonyme de moche. Je ne compte plus les fois où, en disant que je suis grosse, j’ai entendu mes interlocuteurs bafouiller ou s’exclamer avec véhémence que je ne suis « pas grosse, mais belle, avec de jolies formes qui me vont bien ». Cimer Albert, mais grosse ça veut pas dire moche, c’est juste ce que je suis. Alors par pitié, arrêtez de nous dire ça, on a le droit de dire qu’on est grosse, ronde, pulpeuse, tout ça c’est pareil. Grosse = adjectif, pas insulte.

Le malaise des chaises

L’espace public te fait souvent sentir de trop, au mieux, pas du tout à ta place, au pire. Un des trucs qui m’embêtent le plus, ce sont les chaises et tabourets dans les bars et restaurants. La plupart du temps ça se passe pas trop mal, mais dès que je vois des chaises à accoudoirs ou des tabourets je commence à avoir des sueurs froides. Et pour cause, quelle grosse n’a jamais vécu l’inconfort d’un tabouret ridiculement petit sur lequel on ne case qu’une fesse et demie (voire qu’une) ? Sentir tes fesses qui débordent de partout, crois-moi, c’est pas cool. La dernière fois je suis allée dans un restau dans le centre de Bruxelles avec des amis, et voici la chaise qui m’a accueillie : 

Elle est jolie, design, elle a l’air de rien. Et bien va t’asseoir là avec des grosses fesses et tes hanches larges… Je me suis retrouvée les hanches coincées dans les barreaux sur les côtés… Super agréable. J’étais dans une descente du coup ça appuyait d’autant plus fort, mon ami en face m’a proposé d’échanger  nos places et c’était mieux, mais quand même pas génial. Sur le coup j’étais quand même super gênée, et je n’ai pas osé demander une autre chaise.
C’est une anecdote récente mais il y en a bien d’autres, combien de fois me suis-je retrouvée les hanches compressées par des fauteuils et autres chaises à accoudoirs !

dans l’avion

Dans l’avion, même combat. Selon les compagnies (et la catégorie de ton billet) les sièges sont plus ou moins larges. Perso je rentre encore pile poil, mais parfois c’est un peu juste. Je n’ose imaginer pour les tailles plus grandes que la mienne quel inconfort ce doit être. Et la ceinture, toujours le petit moment gênant où je dois la mettre à fond pour la fermer. Pour celles/ceux que ça angoisse, sachez que vous pouvez demander une extension de ceinture si vous n’arrivez pas à la fermer.

angoisse aux thermesgrosse-au-spa-thermes-le-salon-de-frivolites

Si, comme moi, vous êtes du Sud de la France, vous ne connaissez peut-être pas les thermes, c’est pas vraiment dans notre culture. En Belgique, c’est hyper répandu, ce n’est pas juste de la thalasso pour les vieux. Bien. Les premières fois où j’y suis allée avec mon amoureux, nous n’avions pas encore l’équipement de base qui comprend un peignoir. Nous avons donc loué sur place à plusieurs occasions. Des peignoirs « taille unique », une taille pour les hommes, une taille pour les femmes. Pas de place au doute, il était très compliqué pour moi de fermer le peignoir « taille unique » pour femme, et j’ai donc du échanger avec mon chéri (qui lui est tout mince). Je me suis donc retrouvé une fois ou deux avec un peignoir floqué à l’arrière « super daddy », j’adore. Top détente 😀

l’enfer des magasins

magasin-grosse-le-salon-de-frivolites

« Allez Caro, on va faire les magasins ! ».  Les quoi ? Depuis plusieurs années, pour moi shopping = internet. Rentrer dans un magasin, voir des choses super mignonnes, ne jamais les trouver à sa taille, et déprimer sévère c’est fini pour moi. Sans parler des vendeuses qui te prennent de haut quand tu demandes un 44 (coucou Naf Naf), je ne donne plus un sou aux enseignes qui ne proposent pas du 42 et plus (je fais un 46).  Et alors les magasins qui nous font la charité avec un pauvre rayon grande taille aussi déprimant qu’un jour de pluie sur la côte belge, merci mais non merci. Donc quand vous rentrez tranquillou dans un magasin sans penser à s’il y aura votre taille ou non, pensez aux grosses, on a pas ce luxe.

conclusion

Ce que je veux dire avec toutes ces situations, c’est que les gens, et magasins et institutions ne nous rejettent pas sciemment (du moins de l’espère). Mais cela montre que la société est construite sur un standard qui exclu/rejette une partie de la population (et pas des moindres quand même). Je pense qu’un article similaire pourrait d’ailleurs être rédigé par une personne en fauteuil roulant. Et encore, ce sont juste les exemples les plus courants pour moi. Je vous épargne les réflexions des médecins généralistes. Il y en a malheureusement des milliers d’autres, je vous laisse le soin de témoigner ici ou de vous renseigner…
Je vous renvoie d’ailleurs pour finir, sur le thread Twitter de The Lingerie Addict au sujet du « privilège des minces » (thin privilege) qui explique assez bien comment est construit ce privilège. Et attention, quand on parle de privilège, on ne parle pas de choses en plus qui seraient accordées à une partie de la population. Mais bien du fait que cette partie n’est pas pénalisée/victimisée/harcelée par certaines choses. Et je sais de quoi je parle, j’ai été mince un jour.
Donc j’espère vraiment que cet article vous aura fait réfléchir si vous ne ne vous retrouvez pas dans les cas cités, et si c’est le cas, j’espère que vous vous sentez moins seul(e)s 😉

8 Comments

  1. Marine Delmoy Reply

    Merci pour cet article, c’est vrai que j’oubliais que grosse ne voulait pas dire moche =) ça fait du bien de se le rappeler. Tu peux nous faire un petit point sur tes sites de vêtements en ligne?

  2. Bon bon bon… je suis une ancienne taille 46, ado et jeune adulte. J’étais la « grosse de la classe » et ça a été l’enfer, c’est sûr. Mais après le lycée, même si c’était grave déprimant parfois (je me rappelle la nana à côté de moi dans la cabine essayant la robe que je voulais, être trop sublaïme dedans, et quand je l’ai essayée à « ma » taille avoir l’air d’une poire qui essayait de se glisser dans une frite et j’avais juste envie de chialer… et pas qu’envie, tiens.), j’arrivais quand même à trouver en confection. Donc ces soucis de chaise, etc., j’ai jamais réellement connu. Ma mère obèse depuis l’enfance, si, par contre, et l’ex-mari qui devait de base réserver deux sièges en avion, là oui (je te raconte ma laife hein ;)). Donc je ne suis pas directement touchée, mais je connais quand même, un peu. Les culottes qui cisaillent, les jeans qui compriment le bide que t’en as des crampes à la fin de la journée. Les remarques de la famille (« des chips, mais t’as vu ton cul? »)
    Et puis à l’extérieur, es regards en coin. Ne pas oser manger en public. Me dire qu' »après tout personne ne peut deviner que je suis pas enceinte »… bon. C’est sûr que c’est absolument usant. Qu’il y a des jours où on rentre chez soi en larmes, parce que c’est juste trop.

    MAIS. Cet article sur le thin privilege m’a fachée. Parce que j’ai été maigre, aussi, à un moment. Et que je trouvais pas en confection mais dans l’autre sens. Le pull 36 tout flasque mais « on n’a pas plus petit, madame ». Les sous-vêtements qui ont l’air de rien quand tu as deux oeufs au plat qui pendent (TMI mais bon).
    Et puis, les cals qui se forment à des endroits moches parce que pas le rembourrage physique. On oublie les bains parce que la baignoire fait juste mal aux os. Avoir froid absolument tout le temps là où les gens « normaux » trouvent la température agréable.

    Mais c’est surtout que là tout à coup, les gens se sont soudain senti autorisés à me les faire en face, les remarques. Pas que du « real women have curves » qui est déjà vachement insultant intrinsèquement, mais du « Tu veux que je t’achète un Big Mac? ». « T’es affreuse! ». « Salut Squelettor! » Ah oui, et « anorexique » qui revenait tout le temps. Tout. Le. Temps.
    Une violence folle parce que j’avais une taille « enviable » apparemment (ah bon?) et donc c’était que justice de me rabaisser directement, de parfaites inconnues, dans la rue, bim. (j’ai eu ces réflexions là que de femmes, tiens. Pas que je sois jamais tombée sur un mâle qui ait trouvé ce physique-là attirant, d’ailleurs, mais au moins j’ai pas eu d’agressions délibérées d’inconnus).

    Bon, donc le « thin privilege », je suis absolument pas d’accord. Évidemment je ne parle que de mon cas, que d’autres peuvent avoir un vécu différent. Mais la violence pure que j’ai pu connaître comme maigre, je l’ai pas connue comme grosse-pas-obèse.

    Je pense que le « privilege », c’est surtout pour la population à corpulence «  » »normale » » ». Et de glisser tous les « non-gros » dans le même sac, c’est un raccourci pas très heureux, je trouve.
    Au final, ce qui me parait le plus pertinent, c’est de viser l’acceptation de son corps quel qu’il soit, aux « normes » ou pas.

    Voilà, mes 0.02. J’ajoute que j’applaudis ta réflexion « grosse » = adjectif et pas « synonyme de moche ». J’y avais jamais pensé en ces termes mais c’est absolument vrai. On traite ça comme un gros mot…
    Merci à toi :*

    • Salut Sissi,

      Déjà merci mille fois d’avoir pris le temps de m’écrire tout ça !
      Ensuite, je comprends vraiment ta réflexion, d’ailleurs je modère toujours les commentaires sur mes comptes sociaux qui font du skinny shaming. Le shaming de manière générale n’a pas sa place dans mes espaces d’expression. Et je souhaite du coup modérer le thin privilège, ma vision de la chose c’est vraiment de parler de corpulence normale, thin n’est pas skinny, donc maigre. Je sais que les maigres subissent aussi beaucoup de pression et de remarques désagréables (en plus des soucis « logistiques »), donc vraiment, pour moi mince = corpulence normale comme tu as justement dit. Et ce concept n’est d’ailleurs là pour dénigrer personne, juste expliquer à quel point la société n’est pas adaptée aux corps différents, gros ou maigres d’ailleurs. Je parle de gros parce que c’est ce que je connais.
      J’espère que tu comprends bien que je parle surtout pour les grosses, mais que chez moi, on ne dénigre personne, gros, maigre, minuscule ou immense.
      Bisous
      Caroline

  3. Merci pour le « Grosse = adjectif, pas insulte ». Comme les autres, je n’avais jamais pensé en ces termes. Pourtant on l’a déjà appris car on l’a appris à l’école, par exemple avec les contraires chez les adjectifs : petit vs grand, sympa vs antipathique, gros vs maigre… Et puis, on a oublié.

  4. Oui grosse n’est pas une insulte. C’est un peu comme avoir peur de dire à quelqu’un qu’il est noir. Et on voit bien qu’on a tendance à utiliser le terme « black », censé faire plus fun. On entend aussi souvent « tu es si jolie, dommage que tu aies du poids en trop »…
    Pour les chaises, je ne comprends que trop. D’autant qu’il y a quelques semaines, je me suis assise sur une qui a cédé. Apparemment, elle était déjà fendue et ma pote l’avait laissée dans son jardin pour faire joli et avait oublié de prévenir de ne pas s’asseoir dessus. Je te laisse imaginer mon degré de mortification. Récemment dans un petit bus, la ceinture était trop petite… j’en aurais pleuré de malaise.
    Je ne suis en surpoids que depuis 4 ans. Désormais, je me prends dans la face un nombre de choses que je n’aurais pas imaginées. Mais en effet, ne rien trouver en boutique alors que j’ai toujours aimé le shopping, ça me tue. Et même si j’ai du mal avec ce corps que je n’arrive pas à m’approprier, j’aimerais pouvoir continuer à me faire plaisir et acheter de nouveaux vêtements. Qui m’aideraient sans doute à me sentir plus en accord avec moi-même. Et je parle de vrai shopping, pas de shopping en ligne.
    Merci pour ce bel article 😉

    • Merci à toi d’avoir partagé ton expérience ! Moi je t’avoue que du coup je suis devenue feignante, j’aime bien le shopping en ligne car je peux voir des centaines de choses depuis mon canapé ^^ Même pas besoin de me déplacer haha Mais c’est sûr que ce serait super appréciable d’aller dans des boutiques physiques et trouver sa taille sans se faire de soucis !

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